mercredi 6 novembre 2013

Hardhandige ontruiming krakers

http://nieuws.vtm.be/binnenland/66677-hardhandige-ontruiming-krakers

Expulsion musclée du couvent du Gesù (04 11 2013)

http://youtu.be/CDLgaIilkjk

GESU: quelques vidéos de l'après expulsion

http://www.rtl.be/videos/video/463908.aspx

http://www.telebruxelles.net/portail/info/255-info-regionale/28186-les-anciens-de-gesu-au-samusocial

http://www.rtl.be/videos/video/463868.aspx

GESU: quelques vidéos de l'expulsion (2)

http://www.rtbf.be/video/detail_eglise-de-gesu-des-familles-evacuees-de-force-sans-solution-de-relogement?id=1867085

http://www.rtl.be/videos/video/463730.aspx

http://www.rtl.be/videos/video/463731.aspx

lundi 4 novembre 2013

GESU: quelques vidéos de l'expulsion (1)

http://www.telebruxelles.net/portail/info/saint-josse/28164-expulsion-au-gesu-14-personnes-en-situation-irreguliere

http://www.rtl.be/videos/video/463664.aspx

http://www.rtl.be/videos/video/463674.aspx

http://www.rtl.be/videos/video/463675.aspx

http://www.rtbf.be/video/detail_expulsion-des-occupants-du-squat-du-gesu?id=1866943

http://www.rtbf.be/video/detail_les-expulses-rassembles-dans-un-centre-sportif?id=1866944

http://www.rtbf.be/video/detail_expulsion-du-squat-le-point-en-direct-avec-veronique-barbier?id=1866945

http://www.rtbf.be/video/detail_reaction-de-freddy-thielemans-a-l-expulsion-des-occupants-du-squat-gesu?id=1866947

http://www.telebruxelles.net/portail/info/saint-josse/28146-les-habitants-de-gesu-expulses

samedi 2 novembre 2013

En bref la situation des occupants de l'Eglise du Gesu à Bruxelles du 2 novembre 2013, info RTBF Vidéo

http://www.rtbf.be/video/detail_en-bref-la-situation-des-occupants-de-l-eglise-du-gesu-a-bruxelles?id=1866545

En bref la situation des occupants de l'Eglise du Gesu à Bruxelles du 2 novembre 2013, info RTBF Vidéo

Saint-Josse-ten-Noode l'expulsion des occupants de l'église du Gesu n'a toujours pas eu lieu - Vidéo - RTL Vidéos

http://www.rtl.be/videos/video/463503.aspx

Saint-Josse-ten-Noode l'expulsion des occupants de l'église du Gesu n'a toujours pas eu lieu - Vidéo - RTL Vidéos

En bref fausse alerte à Gesù du 2 novembre 2013, info RTBF Vidéo

http://www.rtbf.be/video/detail_en-bref-fausse-alerte-a-gesu?id=1866448

En bref fausse alerte à Gesù du 2 novembre 2013, info RTBF Vidéo

Gesù expulsion prévue samedi - RTBF Regions

http://www.rtbf.be/info/regions/detail_le-bourgmestre-emir-kir-ordonne-l-expulsion-du-gesu?id=8125741#newsVideosPane

Gesù expulsion prévue samedi - RTBF Regions

Dernières infos concernant l'expulsion des occupants de l'église Gesu à Saint-Josse - Vidéo - RTL Vidéos

http://www.rtl.be/videos/video/463436.aspx

Dernières infos concernant l'expulsion des occupants de l'église Gesu à Saint-Josse - Vidéo - RTL Vidéos

http://www.rtl.be/videos/video/463437.aspx

Saint-Josse Emir Kir veut expulser les occupants de l'église Gesu - Vidéo - RTL Vidéos 19h

vendredi 13 septembre 2013

LE COUVENT DU GESU : Fin d’une utopie ? - Conférence de presse ce jeudi 19/09/2013

LE COUVENT DU GESU : Fin d’une utopie ?

Conférence de presse ce jeudi 19/09 à 10h30
À l’ULM, 56 rue de la Prévoyance à 1000 Bruxelles

Nous souhaitons interpeller publiquement les autorités politiques pour qu’elles prennent des mesures urgentes pour garantir la sécurité des occupants du Gesù, soit sur place, soit ailleurs, mais dans les deux cas avec un encadrement adapté.

Un bilan écrit sera distribué à la conférence de presse. Nous ferons également état du résultat de nos démarches déjà effectuées auprès du bourgmestre de Saint-Josse et du Secrétaire d’Etat au Logement.

L’avocat (bénévole) des occupants, Me Georges-Henri BEAUTHIER, sera également présent.

Pas d’expulsion sans relogement !

lundi 17 juin 2013

Excursion avec les enfants du Gesu au parc du Kauwberg

Voici quelques photos et petits films de l'excursion avec les enfants du Gesu au parc du Kauwberg ce dimanche après-midi 9 juin 2013...

 



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L’idée générale de toutes les activités organisées avec et pour les enfants du Gesu était de leur permettre de sortir de la « routine » de leur temps libre quotidien, c’est-à-dire jouer seuls dans l’arrière-cour du bâtiment, un espace qui leur est plutôt hostile, ne fournissant pas beaucoup de possibilités de faire quelque chose d’intéressant. L’objectif était donc de leur offrir une expérience différente, de proposer des activités différentes en dehors de ce qu’ils savent et de leur montrer de nouvelles places à explorer, de jouer et de s’amuser.

Nous avons aussi organisé deux voyages d’une journée aux alentours de Bruxelles : d’abord en Forêt de Soignes et ensuite au parc du Kauwberg. Se promener et jouer dans la nature toute la journée, le silence et l’énorme espace vert furent une découverte complètement nouvelle pour la plupart des gosses. L’enregistrement d’un des voyages peut être visionné sur le blog de l’ULM : 
 
Nous avons organisé un barbecue dans la tradition tchécoslovaque : un rassemblement autour d’un feu avec des chansons chantées pour cette occasion et des saucisses que les enfants grillaient au-dessus du feu.
 
Un défi important dans tout ce que nous venons juste de décrire est le manque de ressources financières : quelques activités planifiées ou des activités désirées par les enfants eux-mêmes ne purent être organisées parce qu’elles se sont révélées financièrement trop exigeantes pour les possibilités des familles du Gesu. D’un autre côté, celles qui furent réalisées furent largement appréciées par les enfants et nous pouvons considérer qu’ils ont au moins partiellement rencontré l’objectif que nous nous étions fixés au début.
 
Les activités organisées directement pour les enfants mises à part, le but de notre activité a été l’amélioration de la situation des familles, et la situation des parents en particulier. Cela consiste à leur fournir une assistance administrative et juridique dans leur langue maternelle, des perspectives de travail, le développement de leurs aptitudes linguistiques et beaucoup d’autres tâches que nous avons assumées de façon continue. Nous aimerions souligner ici que seule une amélioration de la situation des parents peut vraiment améliorer les conditions de vie des enfants.

Nous souhaiterions également offrir aux enfants des activités culturelles du même type que celles réalisées dans les années ‘90 par notre association.

mercredi 28 novembre 2012

RÉPONSE AUX JOURNALISTES

Par Jacques VANDER BIEST,
Président de l’ULM.

Je ne sais pas ce qui se passe parmi les rédacteurs flamands, en tout cas nous n’avons que des critiques quant à l’action menée au Gesù. Ce serait le concentré de toutes les mauvaises conduites dans la ville: crasse, vol, ennui, drogue, sexe, dolce farniente…. Une tentative ratée et menacée de toutes parts notamment par le projet de reconversion en hôtel « de luxe », une masse de familles et de personnes qui n’en sortent pas et qu’on n’aide pas.

C’est une véritable constante par des gens qui viennent se promener au Gesù et évidemment n’ont jamais connu la difficulté de vivre en ville sans un centime en poche. Ce qu’ils oublient ou veulent oublier, c’est qu’il est impossible d’obtenir des pouvoirs publics le soutien d’un groupe de ce genre qui justement se trouve être out law totalement. Donc, n’ayant pas argent, je me demande ce que feraient les journalistes si ce n’est bien entendu, ce qu’ils conseillent et espèrent que nous ferons, c’est de lâcher à un moment donné ces gens misérables. Retour donc aux caisses en carton qui paraissent source d’espoir pour ces journalistes.

Notre avis est différent: c’est l’hôtel de l’espoir. Si les personnes interrogées ont dit ce qu’ils ont dit ce n’est évidemment pas tout ce qu’ils croient et ce qu’ils vivent encore moins. Certains des occupants gardent toujours l’espoir qu’il grandira et se justifiera au fil du temps, car on ne peut de toute façon pas tous les tuer ou les déporter en Wallonie sans doute, parce qu’évidemment, en Flandre, avec le Führer, il n’y a aucune chance de discuter. Et comme ces gens sont là depuis des années, on n’a jamais rien fait – et je comprends pourquoi – on est de toute façon devant une tâche impossible à moins peut-être donc de donner une petite aide. Jusqu’ici, il n’y a que le propriétaire qui s’est montré positif et content de nous avoir, mais cela ne dure pas, bien évidemment, puisque quelques rigolos ont décidé de saboter les efforts du proprio pour renouveler les fenêtres cassées, les portes arrachées, les tables et les câbles électriques sciés et qu’évidemment, aucun des occupants pacifiques ne s’est interposé… Je me demande comment ils pourraient le faire d’ailleurs.

En tout cas, n’en déplaise à cette journaliste, certains occupants se réunissent tous les mardis et ce depuis toujours, pour vivre ensemble leur misère. S’ils n’en sont pas sortis, ils voient mieux (peut-être) que seuls, ils ne peuvent agir, seuls ils ne rencontrent personne et la rencontre est évidemment la source et le point d’aboutissement de leur volonté d’exister ici et ailleurs. Petit à petit les choses pourraient aller mieux car la vraie rencontre c’est « être avec » et ils perçoivent ce mieux moral. .. Là où il y a de la vie, il y a de l’espoir et le véritable espoir, une petite graine qui peut devenir un grand arbre si du moins on veut leur faire confiance. Cela évidemment, ce n’est pas donné aux journalistes.

Je conclus
« La grange a brûlé
Maintenant je puis voir la lune ».

水田 正秀 , Mizuta MasahideMasahide
Samouraï du XVIIème siècle.

Hôtel du désespoir (traduction en français de l'article paru dans "De Morgen Magazine" du 27 octobre 2012)

L'une des plus grandes communautés de squatteurs d'Europe vit dans le Gésu. à Bruxelles. Des familles nombreuses roms, des indignés, des femmes marocaines rejetées et un seul cinéaste.

L'été prochain le couvent sera transformé en hôtel de luxe. Tout le monde devra partir.
Page 2 : Légende : le basque Aitor, 43 ans, vit ici avec ses deux chiens. Il est un indigné heureux qui a participé à la grande marche des indignés.
Page 3 : Le living de Sonja, 26 ans, rom slovaque. Elle vit ici avec son mari et 6 enfants.
Une dispute familiale qui a dérapé, l'idéal anarchiste des squatteurs, le divorce, la nécessité d'une adresse de référence, le manque d'alternative... Voilà ce qui pousse les gens vers le cloître du Gésu, le grand hôtel du désespoir, situé juste en face du botanique à Bruxelles. Dans le cœur de l'Europe.

Le Gésu est la maison de Samu, Sonja, André, Fatima, Victor, Aitor, Farhad, et des dizaines d'autres. Ils se débrouillent. Sans argent, sans papiers, sans beaucoup d'assistance. « Ils font ce qu'ils peuvent » dit Victor, le concierge camerounais. Il y a quelques années, il a fui la France avec sa femme et ses fils à cause d'une question d'héritage tordue. S'il travaillait avant comme manager, au Gésu, Victor est l'homme à tout faire. Il parle aux journalistes, entretient les couloirs du rez de chaussée, il fait de la médiation lors de conflits entre les habitants, il règle les contacts avec différentes organisations d'aide.

Les protestants se chargeront du chauffage cet hiver. Les croyants américains de « Serve the city » ont récemment payé les containers nécessaires au nettoyage de la cour intérieure. Les bénévoles de groupes et d'organisation roms pour l'éducation de base passent avec une bibliothèque ambulante et emmènent les enfants de temps en temps au musée.

Victor, les yeux et les oreilles du Gésu. Son portier/gardien/videur. Si le bâtiment ne peut plus être pénétré qu'avec des pass depuis la semaine passée, c'est grâce aux efforts de Victor. Il veut empêcher les clients de la drogue et des prostituées ainsi que les guérisseurs de pénétrer dans le complexe, où ils ont créé des ennuis depuis des années et apporté une mauvaise réputation au lieu.

« Il est fatiguant de fonctionner comme porte parole officieux » soupire Victor, « sans parler de la tâche de concierge. Il faut renvoyer quotidiennement une dizaine de personnes. -désolé vous ne pouvez pas rester même le fait que vous soyez une mère célibataire avec un enfant malade de moins de trois ans dehors sous les intempéries ne nous fera pas craquer-. Qui suis-je pour décider de ça? Parfois l'image d'une telle infortunée me hante pendant des jours entiers. »

Venir mais ne pas rester

Mardi, 14h30. Il n'y a ici que deux chambres pleines de fleurs artificielles et des joyeux cris d'enfants roms. Le futur est incertain, le passé est une vallée de larmes, chambres à gaz et génocide. Obligation de domicile, suivi d'une stérilisation forcée. Dans la Tchécoslovaquie communiste, les roms ont officiellement disparu, mais ils ne sont pas devenus des citoyens à part entière pour autant. Et quand le marché succède à Marx, ça ne s'arrange pas. La peur des skinheads et de la violence de la police, et dans beaucoup de cas, plus de travail, pas de maison, pas de chance, pas de perspective.

On leur parle pourtant de pays où l'on ne frappe pas les gens, mais on les aide : assistance, éducation, banques alimentaires et soins médicaux. C'est incroyable, pourtant ceux qui y ont été jurent que c'est la vérité.

Sonja (26 ans) essuie le visage de son petit garçon de deux ans. Les tentatives pour faire taire sa faim avec du lait maternel échouent à chaque fois. Elle change de position et essaye d'empêcher son autre enfant de quatre ans d'ouvrir tous les pots de yaourt.

Sonja a quinze ans et est enceinte de son premier fils lorsqu'elle monte dans un bus en provenance de Kosice en Slovaquie, direction Bruxelles, en compagnie de son mari Andre (32 ans) et quelques amis. Cela leur semble la meilleure option. La famille d'Andre a été expulsée de leur logement dans le cadre d'un projet sanitaire, et depuis lors il vit dans une boite en carton. Sonja habite chez des amis, mais c'est trop petit pour y rester longtemps.

Pendant huit ans ils s'accrochent, faisant des allers retour sur le manège des demandeurs d'asile. Quelques mois dans un centre, décision négative, avis d'expulsion, occupation sauvage, aides caritatives, pour en finir par un ticket retour direction Kosice.
Légende petite photo : Sonja, Slovaquie, depuis 2009 au Gésu. : « Nous avons peur de ne jamais exister dans ce pays. Je voudrais que mes enfants aient une vie plus facile que la notre. »
Légende grande photo : A la fenêtre, deux des enfants de Sonja. « J'ai peur qu'on les renvoie de nouveau de l'école. »
Légende photo : « Les enfants s'ennuient à mourir ici. Ils ne sont bons que dans la destruction. »
Les tentatives pour construire une nouvelle vie en Slovaquie sont un échec total. Ailleurs c'est mieux. Quelques mois plus tard la famille se rachète un billet pour Bruxelles. Seconde tentative, cette fois avec une essai d'inscription officielle au registre Belge, une adresse de référence et une inscription au CPAS. Elle se solde par une réponse négative encore plus rapide de l'administration et par un retour forcé vers une maison qu'ils ne ressentent pas comme la leur.

Ils ne restent pas longtemps à Kosice, et c'est parti pour une troisième fois. Un voyage vers Gand cette fois, peu d'aide et énormément de difficultés. André et Sonja ne sont les bienvenus nulle part, jusqu'à ce qu'une vieille connaissance leur indique le Gésu. en 2009. Le Gésu, le meilleur qu'ils aient connu depuis longtemps, pour ce couple de Roms épuisés et abattus, ainsi que pour leurs (beaux) parents et leurs enfants qu'ils nourrissent.

« Comment je trouve l'endroit? » Sonja hausse les épaules d'un air las. « Nous avons peur, » dit finalement la jeune mère de six enfants. « Peur des conséquences, si le complexe devient un hôtel l'été prochain. Peur de ne jamais exister administrativement dans ce pays, peur que les enfants doivent encore changer d'école, alors qu'ils commencent justement à l'apprécier. » Sonja tire sur son pull. « Je veux que mes fils et filles aient une meilleure vie que nous. » Ici ce ne sont pas des parias qui doivent s'asseoir au dernier rang et qui ne reçoivent que des injures des professeurs. C'est déjà ça de gagné. « Je n'en suis pas sure, mais je pense qu'ils pourraient devenir quelqu'un ici. » André la rejoint. « Je dors mal. Comment dois-je continuer? Le seul moyen d'avoir une place dans ce pays est d'avoir un travail, je m'en rends compte, et j'en veux vraiment un, croyez-moi. Mais comment puis-je trouver un travail sans parler ni Français ni Néerlandais? »

Sonja met l'enfant somnolent dans un lit dans la pièce adjacente et revient en se frottant nerveusement les mains.

« Nous nous sentons moins pourchassés et regardés de haut qu'en Slovaquie. La situation n'est pas parfaite, mais il y a des gens de partout ici et c'est agréable. Ça reste difficile, André va chaque soir dans différents supermarchés après l'heure de la fermeture pour voir ce qu'il peut prendre dans les poubelles. Beaucoup de familles doivent trouver à manger de cette manière et parfois, il ne reste pas grand chose. André tient bon c'est un mari volontaire et prêt à tout pour nous aider. Et si Dieu le veut notre vie deviendra meilleure. »

Mauvais parents

Le mercredi après-midi à deux. Samu et Anastacia traînent dans la cour du cloître. Ils évitent les flaques de boue et vont avec leur balle vers un grand et vieil arbre qui leur fournit de l'ombre cet été. Il a mieux survécu aux 160 inondations que les bâtiments qui l'entourent. Pendant que les murs se lézardent, que les fenêtres se brisent et que les couloirs s'enfoncent sous les débris, le géant vert a reçu la compagnie d'une cabane impressionnante. C'est la réalisation d'une anarchiste suisse qui a vu dans la réalisation de ce projet bancal l'accomplissement de son rêve.

« Vivre ensemble dans un contexte créatif de solidarité et de récupération avec des gens qui prennent spontanément leurs responsabilités sans règles strictes imposées, voilà le cœur de notre expérience » a dit son âme sœur Tadzio Baudoux, plein d'espoir lors d'une conférence de presse pour le premier anniversaire de la cabane. Deux ans après cette date seule la maison dans l'arbre rappelle la Suisse et son optimisme naïf. Le Gésu respire la décadence, les espaces communs du cloître sont en trop mauvais état pour être utilisés et les assemblées générales des locataires hebdomadaires organisées par l'union des locataires des Marolles (ULM) se transforment en des débats interminables sur les dépôts d'ordures, les nouveaux venus non enregistrés, le vandalisme, le vol, le non-paiement des charges pour ceux qui bénéficient d'une aide sociale. Mais il y a aussi des petits succès; avec l'aide de l'ULM les 60 enfants de cette communauté ont trouvé une école et une convention d'habitation officielle existe depuis l'automne dernier et contient les noms de tous les adultes qui peuvent résider au Gésu jusqu'à nouvel ordre.

« Est ce que tu peux venir, » dit anxieusement Samu en tirant sur sa manche. « On ne plus rester à l'intérieur » dit il à un garçon dans l'embrasure d'une porte menant à l'escalier. Je suis Samu de près mais cela n'empêche pas qu'il se prenne un coup de pied à la hanche.

« Ah! ce ne sont pas des mauvais enfants, ils ont simplement des mauvais parents. »

« Ils ne sont bons qu'à détruire des choses. Combien de poids peut supporter un morceau de plastique si on saute dessus de tout son poids, avec quelle force dois-on jeter un bocal en verre sur le sol avant qu'il ne se brise, ce genre de choses. J'ai essayé de changer cette dynamique, de leur montrer la force de l'imagination et la poésie dans la création. Vous savez je fais même des bulles de savon, c'est un petit jeu d'agilité auquel j'aime bien mêler les enfants. Dans les festivals de rue ça marche bien mais ici ça ne fonctionne pas, il y a trop de mains nerveuses qui essayent de les attraper. Pourtant je comprends. Combien de fois ces enfants sortent-ils se promener ? Qui leur arrange un petit jeu, une petite surprise ? Enfin je ne veux pas être de mauvaise foi. Une organisation comme « La ruelle », qui organise des activités ici deux fois par semaine fait sûrement de son mieux. Mais les parents eux-mêmes prennent trop peu d'initiatives. »
Encarté : « Farhad, 53 ans, réalisateur iranien : en nous laissant vivre ici, le propriétaire échappe à une taxe d'inoccupation gigantesque, mais bientôt on nous jettera comme des vieilles chaussettes. »
« Je n'ai que ces deux chiens », dit-il en montrant les deux jeunes animaux qui dorment comme des princes sur un lit confortable. « Ils vont plus souvent au parc que la plupart des enfants qui grandissent ici. » Aitor secoue la tête, tire sur sa cigarette et se lève. Il diminue la musique de Bob Marley et cherche sur son ordinateur portable les photos de ses performances scéniques. Il me demande si je veux du café en me montrant une machine Senseo.

« Je l'ai trouvée, dit-il. Comme cette chaîne hi-fi, cette télévision, cette paire de chaussures.. Il y en a trop pour tous se les rappeler. Je vis bien grâce aux déchets des autres. Je ne comprends pas la négligence avec laquelle les gens se séparent de leurs objets ; ou peut-être que si : ils s'ennuient et ils s'abandonnent à l'arrogance de l'excès. »

Aitor est un indigné, Il y a un an il est venu ici à pied avec des gens qui comme lui ont vécu la marche et qui connaissent encore la valeur d'un feu de camp et d'un lever de soleil au dessus des montagnes.

Le basque dégarni sort une carte et nous montre fièrement sa longue route. De San Sebastian à Saint Jacques de Compostelle d'abord, avec trois italiens formidables. « L'un d'entre eux était un garçon de 24 ans ; il avait perdu ses jambes dans un accident et ses amis voulaient lui redonner la joie de vivre avec ce voyage. » Puis Aitor est revenu, il est passé par Bruxelles et Paris, puis il est allé en Grèce. Liberté, solidarité et carpe diem. Bien dans ses baskets, trouvées à un arrêt de bus. Il frotte le bac de Coca qui fait office de chaise, puis reprend son paquet de tabac. Pendant qu'il se roule prudemment une fine cigarette, il en remet une couche sur les banques et la crise financière, sur la différence entre être et avoir et les choses qu'on ne peut pas acheter avec de l'argent. « Je suis un homme satisfait. En mars ou avril je repars, d'abord en Allemagne, puis en Grèce. Printemps, été, automne, et l'hiver prochain, on verra bien. »

Boule de neige de la révolution

Un peu plus tard le réalisateur iranien Farhad 53 ans, entre dans la cour. Ses yeux noirs et méfiants brillent sous un bonnet en laine qui couvre ses cheveux gris.

Le petit homme frêle a passé le plus gros de sa vie d'adulte dans le milieu underground. D'abord en temps qu'objecteur de conscience pendant la guerre de l'ayatollah Komeini contre l'Irak, plus tard comme squatteur à Amsterdam, Rotterdam et Utrecht. L'année passée il a obtenu son diplôme de réalisateur au Ritz de Bruxelles et pour le moment il met la dernière main à son documentaire « Zone zéro », à propos de la vie au Gésu.

« J'étais dans la classe de cette jeune fille ennuyeuse, avec son film populaire sur les jeunes hommes de Bruxelles. » nous dit-il d'un air arrogant à propos de Sophie Peeters, la réalisatrice du film « Femmes de la rue ». Faisant partie de la gauche radicale, Farhad considère le film sur le harcèlement sexuel des femmes à Bruxelles comme non pertinent. « Ils détournent l'attention du complot de la politique mondiale, à cause de ça les gens restent idiots et plongés dans le sommeil et ils ne se soulèvent pas contre les vraies forces du mal. »

Les yeux de Farhad s'illuminent à la pensée du soulèvement et de la révolution. Il voudrait se battre pour un monde fondamentalement différent. L'iranien a longtemps pensé que le Gésu serait un laboratoire parfait pour cela, une boule de neige de la révolution.

« Ça a raté. Les artistes et intellectuels qui sont venus ici ont échoué à établir de vraies relations. Ils n'arrivaient pas à pénétrer dans le monde des roms et des Arabes. Ils étaient surtout préoccupés par leur petite personne et n'avaient absolument rien à donner. Finalement la plupart sont repartis déçus. »
Encarté : Fatima du Maroc « Tu peux tout acheter ici, de la drogue, du sexe et d'autres choses qu'on ne voit pas à la lumière du jour ».
Farhad reste pour le moment, jusqu'à ce que le film soit fini et jusqu'à l'expulsion forcée l'été prochain. « Le propriétaire nous laisse rester seulement pour éviter une taxe d'inoccupation énorme, mais maintenant qu'il a un nouveau projet, il nous jette dehors comme des vieilles chaussettes. »

La honte

Dans le couloir sombre entre deux étages flotte un odeur du poivron grillé et du ras el hanut. « Fatima est probablement en train de cuisiner » dit Victor en souriant pendant qu'il frappe à sa porte. Une femme marocaine qui a l'air d'avoir la quarantaine apparaît dans l'embrasure de la porte. Elle me fait comprendre en gestes d'aller m'asseoir et prend le pot qui mijotait sur la taque électrique. Fatima vit dans l'ombre de la hchuma, la honte dans le regard de l'autre. Jusqu'à la moitié de l'année passée elle possédait un bureau de transfert d'argent à Rabat, elle était mariée avec un manager des ressources humaines et avait un fils de onze ans.

« J'étais parfaitement heureuse jusqu'à ce que mon mari vienne passer le nouvel an chez sa sœur à Laeken. Il a passé un mois en Belgique fin décembre 2010. Et quand il est revenu à la maison, c'était un homme différent ; Il disait que nous n'aurions plus à travailler, je devais avoir de la patience mais à la fin nous finirions par habiter ensemble à Bruxelles, à trois. Dolce farniente. Mais d'abord nous devrions nous occuper de quelques formalités. Il devrait d'abord divorcer de moi pour pouvoir se remarier en Belgique. La candidate était déjà toute trouvée, pour 20 000 euros, c'était réglé. D'abord le mariage, puis l'attente d'un permis de séjour permanent, encore un divorce, puis il nous ferait venir. Nous serions lui et moi payés toute notre vie par l’État, et notre fils pourrait faire les études de son choix. Je me souviens du soir où il m'a expliqué son plan délirant, il disait que nous devions être fou pour rester à trimer pour un salaire de misère, il comptait sur moi ; n'avais-je pas toujours été une épouse et une mère serviable ? J'étais inondée d'incrédulité, de colère et de tristesse. Mais peu importe combien je me débattais, sa décision était prise. Et pour financer sa petite affaire, il voulait utiliser le capital de ma petite entreprise. Je ne pouvais pas l'en empêcher car sur le papier, c'était mon associé. » Fatima soupire et replace une mèche de ses cheveux.

« Il a commencé à me battre périodiquement, » dit-elle doucement. « Même en la présence de notre fils. Il n'y avait plus moyen de parler avec lui et si mes frères avaient entendu ce qui se passait, ils lui auraient défoncé le crâne, c'est certain. Finalement j'ai confié mon fils à ma mère, puis j'ai pris un visa d'affaires pour Bruxelles afin de m'échapper. Au lieu de retourner à la maison après une semaine j'ai appelé ma mère pour lui expliquer ce qui se passait. Elle m'a répondu de rester là. »

Aveugle et sourd

Pendant ses premières semaines en Belgique, Fatima a d'abord logé chez des amis d'amis, puis chez des connaissances lointaines, mais après avoir réalisé que l'hospitalité a des limites, elle a fini par chercher d'autres alternatives. Finalement elle a appris l'existence du Gésu.

« Un grand hôtel du désespoir, voilà ce que c'est. Un endroit où il vaut parfois mieux être aveugle et sourd pour rester indifférent aux méthodes peu orthodoxes que certains trouvent pour faire face à leurs problèmes. Tout se vend ici, drogues, sexe, des choses qui ne se voient pas à la lumière du jour. Je ne m'en mêle pas. Me trouver un nouveau mari, voilà ce qu'il faut que je fasse. J'avais presque réussi mais la commune a refusé de me domicilier chez mon ami de l'époque. Ils craignaient le mariage blanc et nous nous sommes séparés peu de temps après. Enfin on verra bien. J'essaye de me trouver des petits boulots, je cuisine et je nettoie par ci par là. Ça va bien finir par marcher inch'allah. »

Le Gésu : le cloître, le squat. En ce temps là comme maintenant, un lieu pour tous ceux qui se tournent vers Dieu, désespérément. Un terminus, une église, un arbre gigantesque, une cour intérieure, des enfants qui jouent et beaucoup de bonnes intentions. Le Gésu : une expérience ratée, un problème politique, la honte de toute une société au cœur de la capitale. Mais par dessus tout, le Gésu est la maison de 160 personnes, pour le moment encore, jusqu'à ce que l'été vienne.

Lisez le texte original en néerlandais

vendredi 5 octobre 2012

Plus de squatteurs mais un hôtel de luxe dans l'église du Gesù

http://www.tvbrussel.be/fr/video/6736/plus-de-squatteurs-mais-un-h%C3%B4tel-de-luxe-dans-l%C3%A9glise-du-ges%C3%B9


L'avenir de Gesù en question

http://www.telebruxelles.net/portail/info/-communale-bruxelloise/saint-josse/21335-lavenir-de-gesu-en-question

Entre 140 et 160 locataires, dont 70 enfants, vivent dans l’ancien couvent de Gesù. Malgré la signature d’une convention d’occupation avec le propriétaire en octobre 2010, les problèmes de gestion sont nombreux dans le bâtiment, en raison notamment du va et vient permanent. Le propriétaire compte installer un sas de sécurité à l’entrée du couvent. La situation pourra ainsi perdurer jusqu’à l’été 2013; le propriétaire compte réintroduire une demande de permis d’urbanisme d’ici la fin d’année.

- Reportage

REPORTAGE-VIDEO de Stéphanie Triest et Nicolas Scheenaerts - Intervenants:
Manu Rabouin, asbl Union des Locataires Marolienne, gestionnaire de la communauté Jean Demannez, PS, Bourgmestre de Saint-Josse Pierre Buyssens, représentant du groupe Rosebud Heritage

jeudi 4 octobre 2012

OCCUPANTS DU GESU : DIFFICULTÉS ET PERSPECTIVES

Cliquez ici pour télécharger la version PDF

Introduction :

Cela fait bientôt un an (le 26/10) que les familles SDF (160 personnes dont 70 enfants) qui occupent l’ancien couvent du Gesù à Saint-Josse ont signé avec le propriétaire une convention d’occupation qui devait en principe leur permettre de stabiliser leur situation (domiciliation, plus de menace d’expulsion, sécurisation,… etc.).
Mais les choses ne se sont pas révélées aussi simples. Plusieurs problèmes se sont en effet posés ou continuent à générer d’énormes difficultés. Aujourd’hui, sans l’aide ponctuelle du propriétaire et la relative tolérance du bourgmestre devant la situation explosive liée aux problèmes de sécurité et d’insalubrité, les gens seraient à nouveau à la rue. Pourtant, le projet recèle en lui-même une excellente réponse à la crise du logement vécue par les plus démunis, les familles logeant dans la rue. Il faudrait peu pour que cela fonctionne vraiment. C’est pourquoi nous demandons aux pouvoirs publics qu’ils prennent plus sérieusement en considération la situation, afin de poursuivre et d’étendre l’expérience et d’enfin permettre à tous les SDF qui le souhaitent et à beaucoup de mal logés de trouver un abri conforme à la dignité humaine dans les millions de m² de bâtiments vides que compte la capitale de l’Europe.

Comme le souligne le président de l’ULM, Jacques vander Biest : « Nous ne demandons pas la “charité” nous demandons que nous soyons nous-mêmes, constructeurs, artisans de notre insertion sociale. Et c’est ce qui se passe. Mais bien entendu en un coup de dé ou de cuillère à pot, ce n’est pas possible… Il y a là la naissance d’une démocratie : n’oubliez pas qu’en grec le mot demos désigne non pas le peuple mais ceux qui sont exclus des lignages, des grandes familles aristocratiques. Et ça c’était la nouveauté qui a été complètement achevée par les recherches de Péricles. Et cela à vécu et cela continue à vivre aujourd’hui car c’est le don de l’humanité. Et si nous ne demandons pas le pouvoir, nous espérons un pouvoir qui est celui de tout citoyen du monde, de tout citoyen européen et de tout citoyen belge.
Et évidemment c’est occulté car il y a de la saleté. C’est le regard du bourgeois sur le “petit” : il y a toujours quelque chose qui n’est pas tout à fait en ordre, donc on peut s’arrêter à ça. Un moine égyptien, hégoumène -supérieur- de son couvent, appelle successivement tous les membres de sa communauté, à commencer par les plus anciens. Il montre un drap de lit au milieu duquel se trouve une tache d’encre. Quand il leur demande “Qu’est-ce que vous voyez ?”, les moines répondent : “Il y a une tache d’encre”. Arrive alors le petit dernier qui lui dit : “Il y a un drap de lit”. Voilà ce que nous essayons de faire, attirer l’attention sur le drap de lit. »

Quant au projet d’hôtel de luxe, l’ULM est fondamentalement contre, à partir du moment où ce projet (comme d’autres similaires d’ailleurs) ne répond pas aux besoins de l’immense majorité de la population bruxelloise. Comme nous l’avons déjà dit, nous aurions préféré que soit construit au Gesù un nouveau centre social (projet global d’habitat et d’animations pour et avec les plus démunis). Nous profitons d’ailleurs de l’occasion pour lancer un appel visant à concrétiser ce projet global en partenariat, pourquoi pas, avec le propriétaire actuel du Gesù qui ne devrait modifier que le montage financier car nous sommes aussi pour le luxe des palaces à portée de tous ! Un hôtel de luxe pour les occupants actuels du Gesù ! Et pourquoi pas ?!

1. Domiciliation et composition de ménage :

La Commune fut et reste très réticente à accorder la domiciliation. Il a fallu systématiquement accompagner les occupants et insister auprès des services communaux pour obtenir ce droit à un minimum d’existence légale. La domiciliation n’équivaut pas systématiquement à une aide sociale mais constitue une premier pas, certes insuffisant, pour se stabiliser (sans adresse, pas de travail). Encore aujourd’hui, des familles ne sont pas domiciliées avec leurs enfants ou n’arrivent pas à obtenir une composition de ménage reprenant tous les membres de la famille. De plus, la domiciliation accordée n’est valable que 3 ans et est soumise à certaines conditions : les occupants doivent fournir à la Commune la preuve qu’ils recherchent un emploi, preuve alors faxée par le fonctionnaire communal à l’Office des Etrangers…

2. Absence de revenus et de toute aide sociale :

La grande majorité des occupants a un titre de séjour provisoire, est sans revenus et n’a droit à aucune aide sociale, sauf une aide médicale urgente dans quelques cas. Cette réalité scandaleuse génère évidemment de multiples problèmes, outre les problèmes de santé : charges non entièrement payées ; dégradation du bâtiment (tout ce qui a de la valeur est revendu : radiateurs en fonte, cuivre, zinc,… etc.) ; vols ; trafics de chambres ; tensions internes et externes. Cela provoque la colère du voisinage et engendre des articles sévères dans la presse, donc une très mauvaise publicité pour les occupants. « Qu’attend-on pour foutre tous ces pauvres dehors ? », lit-on entre les lignes. C’est le « Chaos au Gesù » (BDW du 13/9) ! Pour nous, les vrais criminels, ce ne sont pas les occupants mais les pouvoirs publics, qui les laissent sans aucun moyen de subsistance et attendent d’eux une attitude exemplaire !!!

3. Arrêté d’insalubrité :

En décembre 2011, les occupants sont sous la menace d’une expulsion en raison d’un arrêté d’insalubrité pris par la Commune de Saint-Josse. Des travaux sont entrepris avec l’aide de bénévoles mais la tâche est énorme et les moyens limités. Heureusement, la situation a pu s’améliorer et, même si tout n’est pas conforme au « Code du logement », cela va nettement mieux.

4. Problèmes de sécurité :

La signature de la convention devait permettre de sécuriser les lieux. Mais la serrure sécurisée placée après la signature de la convention a été sabotée à trois reprises et la porte de rue est donc restée ouverte 24h/24. Certaines personnes profitent en effet de la misère des autres en sous-louant des pièces, une place dans un couloir, des matelas, ce qui suppose un accès « libre » aux lieux. Les avocats bénévoles des occupants (Mes Georges-Henri Beauthier et Alexis Deswaef) ont essayé de négocier avec les occupants problématiques mais cela n’a rien donné malgré un discours très dur : évoquant un « manque de dignité et de respect envers le projet et l’AG. Manque de reconnaissance envers tout ce qu’on a fait pour vous. Si quelques-uns mettent en péril tout le projet, on va couper et jeter le morceau pourri ».
Les occupants essayent d’organiser eux-mêmes une sécurité mais ce n’est pas évident. Cet été par exemple, des individus se sont introduits dans la salle du comité de gestion et l’occupent toujours, menaçant de mort quiconque ose leur demander de partir. En janvier 2012, l’ULM a demandé l’engagement d’un gardien 24h/24 et des moyens pour assurer l’encadrement de l’immeuble, mais les pouvoirs publics n’ont pas réagi positivement et il a fallu continuer à compter sur les bénévoles, la chance et la bonne volonté des différents acteurs de ce projet devenant de plus en improbable.
Ces derniers mois, vu la dégradation de la situation, le propriétaire a investi dans des travaux de sécurisation. Il a construit un sas d’accueil, a bloqué des accès et va engager trois gardiens qui seront à l’entrée 24h/24. On espère qu’avec ces nouveaux moyens, les gens pourront enfin vivre en paix.

5. Non payement des charges et absence de tarif social :

Les occupants se sont engagés à payer les charges. Mais sans revenus, ce n’est pas évident. De plus, ils n’ont pas droit aux tarifs sociaux car ceux-ci sont réservés à ceux qui ont droit à une aide sociale, ce qui n’est pas le cas des occupants puisqu’ils sont « considérés comme des touristes » d’un point de vue administratif. Actuellement, une partie des occupants paye une cotisation de 25€ par mois qui sert à régler les factures d’électricité et certaines dépenses indispensables (extincteurs, sacs poubelles…). Mais c’est insuffisant pour payer la totalité de la facture d’eau (arriéré de 23.500 € et consommation de 1500 € par mois). De plus, que doit-on faire avec ceux qui ne payent rien « parce qu’ils n’ont pas de revenus » : les mettre dehors ?

6. Mode de vie collectif :

Depuis le début des occupations, les associations ont proposé aux occupants d’établir un « mode de vie collectif » qui règle la vie de l’occupation. Mais le MVC n’est pas respecté par tout le monde, loin s’en faut, et il est très difficile de le faire respecter par ceux qui n’ont pas le sens du collectif. C’est évidemment un problème crucial. Il est très difficile de prendre des sanctions car il faudrait alors, à nouveau, exclure des occupants, ce qui n’est pas une solution acceptée par tous.

7. Habitat solidaire et communautaire contre communautarisme :

Parmi les occupants, il faut distinguer ceux qui sont là par choix -qui ont un esprit communautaire, pour lesquels ce mode de vie collectif est un idéal de vie tout en constituant une bonne solution personnelle à la crise du logement- et ceux qui sont là par nécessité et rêvent d’un travail, d’un appartement, d’un écran plat et d’autres biens de consommation. Et dans ceux qui sont là par nécessité, il y en a qui refusent le mode de vie communautaire, d’autres qui développent des replis sur soi identitaires (communautarisme)- ce qui handicape le savoir-vivre ensemble.

Conclusion :

En août 2011, l’ULM a obtenu un subside de la Région de Bruxelles-Capitale  pour engager un travailleur à temps plein pour assurer l’accompagnement social des occupants du Gesù, de 160 personnes dont 70 enfants sans revenus dans un lieu labyrinthique, insalubre et non sécurisé. A titre de comparaison, le Samu social accueille 300 personnes chaque nuit et emploie 17 TP.
Une équipe de bénévoles et d’autres travailleurs sociaux de l’ULM, de l’ULSG, de la Ruelle, O Casa-O Family, Oasis, aident selon leurs possibilités, des associations caritatives interviennent régulièrement (Serve the city, Centre Social Protestant) mais c’est insuffisant. Lorsque nous avons demandé des moyens supplémentaires pour engager du personnel qualifié et financer l’entretien et les travaux urgents, nous n’avons pas reçu de réponse positive. L’assurance incendie continue toutefois à être financée.
Pourquoi l’Etat ne finance-t-il pas ce projet à hauteur de ses besoins?

Comme nous l’avons dit en introduction, ce projet pourrait être répété ailleurs et constituer une solution pour beaucoup de SDF et de mal logés. Le propriétaire du Gesù, comme celui de la rue de Stassart, comme d’autres, étant prêts à ouvrir gratuitement la porte de bâtiments inoccupés à des SDF.
Mais pour cela, il faut que les occupants aient des moyens de subsistance et que l’encadrement humain soit nettement renforcé pour aider ces familles à accéder à une autonomie, à une vie digne.

4 octobre 2012